fleche texte

La Lettre du Président

L’IRFASE a été créé en 1991 à partir d’une division d’un Institut, implanté depuis de nombreuses années à Evry, dont il a conservé l’essentiel des valeurs de référence : « la promotion de la personne et du lien social, la solidarité et la participation citoyenne, le respect et l’intégration des différences, la laïcité et la lutte contre les exclusions ». Cette création est intervenue dans un contexte national marqué par la mise en œuvre tâtonnante de la décentralisation et par l’expérimentation de ce que représentait pour le travail social le fait de traiter directement avec les pouvoirs publics départementaux et locaux. En effet, les réformes résultant de la décentralisation ont tout particulièrement concerné le secteur social au point de produire une mise en tension des relations entre les travailleurs sociaux et leur territoire d’intervention, créant une situation générale dans laquelle le travail social apparaissait comme « à l’épreuve du territoire ».

Dans un tel contexte, pour répondre aux exigences en matière de qualification professionnelle le projet institutionnel de l’IRFASE a été alors défini en référence à « une école dans la Cité » ayant en charge la formation de futurs professionnels – ils étaient 200 à l’époque – destinés à mettre en application les grandes orientations des politiques sociales et à utiliser pour cela les diverses procédures que ces politiques offraient à partir d’une appréciation la plus fine possible des situations locales et de celles de chacun des bénéficiaires de ces politiques sous la responsabilité des élus.

Quelques 25 années plus tard, en 2015, le nouveau projet institutionnel de l’IRFASE – un institut qui compte aujourd’hui plus de 800 étudiants en formation – se doit de prendre impérativement en considération les changements importants qu’a connu la société française durant cette période tant du point de vue de sa situation générale que du point de vue de son organisation administrative et politique. Dans ce nouveau contexte, l’IRFASE choisit de s’imposer comme un acteur du territoire par l’affirmation de ses compétences en matière de qualification des professionnels du secteur social comme en matière d’interventions sociales à destination d’un territoire ouvert, celui de l’Essonne et de ses espaces mitoyens, qui constituent ensemble ce grand Sud-Ouest de l’Ile-de-France.

Un tel choix nécessite que l’IRFASE se donne pour objectifs de qualifier des agents capables non seulement de mettre en application les politiques publiques sur ce territoire chaque fois que les situations l’exigent mais en même temps capables d’appréhender le plus finement possible chacun des contextes territoriaux et de participer à l’élaboration de projets et à la production d’actions publiques territorialisées en fonction de la volonté des élus locaux à promouvoir de telles actions. Dans cette perspective, le nouveau professionnel qualifié sortant de l’Institut devrait être en capacité de coproduire de l’action publique locale dans le champ social et de contribuer de ce fait à une politisation des enjeux locaux à laquelle répond cette coproduction.

L’importance requise par l’appréhension des contextes territoriaux nécessite que nous accordions une attention toute particulière à une des caractéristiques de ces territoires, la pluri-ethnicité de leur peuplement et la diversité culturelle de leurs habitants. Un tel état des lieux justifie l’importance que l’Institut a choisi d’accorder dans ses programmes de formation à la culture en tant qu’elle est un excellent moyen d’expression de ces différences culturelles et qu’elle ouvre de ce fait des perspectives intéressantes en matière d’interventions sociales adaptées aux caractéristiques de ces populations.

Il en résulte que, dans le but de satisfaire les exigences de la coproduction d’actions publiques territorialisées qui doivent répondre le plus finement possible aux situations locales, une des ambitions du projet de l’IRFASE est d’inciter les futurs professionnels à mobiliser cette capacité d’expression qu’offrent les pratiques de créations culturelles en tant que moyens d’identification de ce que l’ « autre » recèle de ressources propres de manière à concevoir une réponse la mieux adaptée possible à de telles situations dans un esprit d’innovation.

Ces deux considérations importantes qui concernent, l’une, la capacité de coproduction de l’action locale et, l’autre, la reconnaissance des différences culturelles comme ressources à part entière du territoire d’intervention ne remettent pas en cause les valeurs auxquelles se référait le projet fondateur de l’Institut. Elles nous incitent à préciser que, en matière de différences culturelles et sociales, leur respect n’a de sens que s’il s’accompagne d’une reconnaissance effective et que, en matière d’interventions professionnelles dans le champ social, les références à de telles valeurs n’ont de pertinence que si elles sont mobilisées pour satisfaire les exigences de leur qualité.

 

Pierre Teisserenc

Président AGIRFASE